Délivrance de certificats de virginité

Position de la FLCPF par rapport à la proposition de loi « Defraigne » visant à interdire aux médecins de délivrer des certificats destinés à conforter des convictions religieuses, philosophiques ou culturelles.

Nous considérons qu'il n'est pas opportun de légiférer sur la délivrance de certificats destinés à conforter des convictions religieuses, philosophiques ou culturelles. Nous parlons ici de certificats de virginité délivrés par un médecin, gynécologue ou non, à la jeune fille ou la famille de celle-ci.

Notre Fédération lutte depuis plus de 40 ans pour promouvoir l'égalité et la liberté de choix en matière de droits sexuels et reproductifs. Nous partageons dès lors évidemment l'objectif de protection des femmes poursuivi par la proposition de loi Defraigne et les valeurs auxquelles elle se réfère : liberté individuelle et libre disposition de son corps, égalité hommes-femmes, respect de l'intégrité physique et respect de la vie privée.

Nous divergeons, par contre, sur le type de stratégie à adopter en la matière.

Nous pensons qu'imposer l'interdiction comme étant la seule voix de l'autonomie et de l'égalité, risque de durcir les positions plutôt que de permettre que s'imagine au cas par cas la solution qui convient le mieux à la femme à ce moment de sa vie.

A cet égard, pour promouvoir l'émancipation des femmes, miser sur la prévention, l'éducation et l'accompagnement nous semble des stratégies plus sûres et plus respectueuses que de tenter d'interdire par voie législative. Les délivrances de certificats de virginité dans nos centres de planning familial sont autant d'occasions de rencontre avec les jeunes filles en éventuelle détresse ou questionnement face à leurs droits. Ces situations nous permettent de rechercher la meilleure solution pour et avec la jeune femme, lui offrent un espace de parole et favorisent la discussion et le soutien de la femme, quel que soit son choix. Ce cadre de relation, respectueux du choix de la femme, nous parait essentiel à garder.

Nous craignons de plus qu'une telle loi ne contribue à stigmatiser la population musulmane dans son ensemble et ait, de fait, pour conséquence immédiate de toucher plus particulièrement les femmes pour qui attester de leur virginité avant le mariage est important. L'on sait combien les marques de dénis de reconnaissance nourrissent le repli et le rejet. En l'occurrence nous faisons l'hypothèse qu'une loi interdisant la délivrance de certificats de virginité, loin de contribuer à la construction d'une société multiculturelle forcément en mouvement et en questionnements, contribuerait à figer les affirmations identitaires.

Par ailleurs, il nous semble illusoire d'espérer qu'une telle loi puisse obtenir les effets désirés. Elle serait évidemment contournée, des réseaux parallèles se développeraient en Belgique et à l'étranger, et les femmes devraient payer plus cher.

Finalement, s'il s'agit de protéger les médecins, nous rappelons que le principe d'objection de conscience existe ! Et insistons sur l'importance de travail d'accueil, d'accompagnement, de prévention et d'éducation, qui se réalise en centre de planning familial partout en Communauté française par des équipes multidisciplinaires.

Et s'il s'agit de protéger les femmes, la législation actuelle sur les violences nous parait suffisante. L'essentiel pour nous est de l'ordre du « travail sur les mentalités ».

Dans cette perspective, plutôt que d'imposer UN modèle, nous préconisons de laisser aux femmes le choix de leur propre rythme dans leurs révoltes. Nous les y soutiendrons et leur faisons confiance !

 

FLCPF, Mai 2008